Les dictatures, plus que les autres Etats-nations, sont de plus en plus impuissantes à réguler les effets de la mondialisation et l’apparition de nouveaux citoyens, membres actifs et passionnés de réseaux sociaux transfrontaliers fondés autour des idées de la modernité.

Alors que la terre tunisienne fume encore et que l’issue du combat mené par ses habitants n’est pas encore totalement décidée, nombre d’analystes ont tenté d’en expliciter les caractères politiques et sociaux.
Tout en admettant la prééminence de ces aspects, il me semble utile d’y adjoindre une explication d’un autre ordre et qui compte certainement dans la dynamique d’une jeunesse lancée à toute vapeur vers son émancipation et son entrée dans le monde.

Sans aller jusqu’à dire que Facebook, Twitter ou les SMS ont fait la révolution – ce serait aussi idiot que de dire que le téléphone a permis à l’Inde d’acquérir son indépendance ou que l’automobile a permis de renverser les tsars de Russie, il paraît évident que l’utilisation répandue de la toile et des réseaux sociaux a largement contribué à l’établissement d’une conscience nouvelle d’une jeunesse tunisienne interconnectée et marchant au diapason des autres jeunesses du monde.
Cette transition culturelle opérée dans les consciences des contemporains de l’ère numérique, les Digital Natives, n’a pas été comprise par les pouvoirs politiques, de Tunisie ou d’ailleurs, prisonniers d’un autre temps finalement pas très lointain de celui des caravelles et des lampes à huile. Un temps où les revendications de liberté, d’éducation et d’accomplissement de soi étaient toujours liées à un territoire géographique délimité par des frontières. 

De façon générale, si les élites politiques ainsi que nombre d’analystes ressassent à longueur d’année et à juste titre que le monde a changé, elles ne comprennent que partiellement leur propos en restreignant leur observation à des indicateurs quantitatifs et économiques, et en refusant d’examiner d’autres conséquences sûrement plus définitives de la mondialisation.

Pour ne pas vouloir ou savoir prendre en compte les inductions culturelles de la mondialisation, ces élites n’ont pas encore compris que les peuples de Tunisie, de Chine ou de Madagascar n’ont jamais été aussi instruits et conscients du monde qui leur est proposé. Qu’ils n’ont jamais été aussi connectés et informés, vivants du “temps réel”, participants à l’édification d’un nouveau système complexe. Et que si ces peuples se sont débarrassé des dirigeants tunisiens, coupables d’avoir complètement ignoré la nature des changements profonds dans l’identité mondialisée des nouvelles générations, ils devraient rapidement se tourner vers d’autres gouvernants tout aussi ignorants du monde dans lequel ils vivent.

Tunisia’s bitter cyberwar (AlJazeera)
The first twitter revolution? (Foreign Policy) 
Tweeting Tyrants out of Tunisia: Global Internet at its best (Wired) 
@Nawaat (Twitter)