La triomphale introduction en bourse de LinkedIn, réseau social pour les professionnels, et le rachat à prix d’or de Skype par Microsoft, font craindre l’explosion à terme d’une nouvelle bulle internet, dix ans après celle de 2002. Mais est-ce vraiment pour cette année ?

Linkedin-flotation-reid-h-007

LinkedIn a réussi en fin de semaine dernière une triomphale entrée en bourse. Le titre LNKD a cloturé sa première séance à 109,44 $ US (+109,44%), valorisant la société à plus de 10 milliards de dollars alors que son bénéfice 2010 plafonnait à 3,4 millions de dollars et que l’année précédente affichait une perte de 4 millions.

Peu de jours auparavant, Skype se faisait racheter par Microsoft pour la coquette somme de 8.5 M$, provoquant quantité de réactions sceptiques quant à sa compétence à transformer positivement un investissement excessif pour une société surtout connue pour offrir des services gratuits.

Serait-on en présence d’épiphénomènes ou plus généralement d’une nouvelle bulle internet gonflée à la multiplication d’innovations technologiques, à l’abondance des moyens de financement et à l’émergence de nouveaux marchés, déjà formée et prête à éclater ?

L’innovation en Streaming

L’innovation sur Internet tend de plus en plus à ressembler à un streaming continu de mises à jours et de nouveautés. Perpétuant la maintenant ancienne “loi de Moore” qui énonce que la capacité des processeurs est doublée tous les 18 mois, les récentes avancées matérielles ont permis l’éclosion d’une impressionnante palette de produits et services. Le marché est presque totalement renouvellé à chaque sortie d’une nouvelle tablette ou d’un nouveau smartphone, aujourd’hui deux fois plus rapide et deux fois moins cher qu’un ordinateur sorti en 2000.

Parallèlement à ces progrès dans le hardware, la généralisation de plateformes comme Google, Facebook ou Twitter a permis de constituer des terreaux très fertiles pour l’économie des “apps” (applications) et social games, aussi peu onéreux que populaires. L’ascension fulgurante de Zynga qui doit tout à Farmville, jeu apparemment inoffensif né sur Facebook et rapidement adopté par des millions d’accros à travers le monde, est d’ailleurs croustillante : A peine 4 ans après sa création et grâce à ses 250 millions d’utilisateurs réguliers, la société est valorisée à … 10 milliards de dollars. 

Du cash à tous les étages

Les besoins initiaux des équipes de développeurs n’excédant généralement pas les dizaines de milliers d’euros, les Business Angels ont investi de grandes sommes d’argent dans le développement de nouvelles start-up. Et additionnées, ces sommes ont, selon une étude de l’université du New Hampshire, vite fait de représenter quelques 20 milliards de dollars pour les seuls US, soit à peine 2 milliards de moins que les 22 milliards investis par les VC’s sur la même période de temps.
Il est également vrai que les plus importantes sociétés comme Andreessen Horowitz ou Kleiner Perkins Caufield & Byers ont également investi des sommes très conséquentes dans l’accompagnement prolongé de grandes cylindrées telles que Facebook, Twitter ou Skype afin de préparer un rachat ou une introduction en bourse.

Mais fait nouveau, ces financements ne sont plus cantonnés à la seule amérique, qui représente traditionnellement la plus grande part du gateau, et sont aujourd’hui définitivement mondialisés.

Des investissements mondialisés

L’Europe confirme ainsi sa place grandissante dans la compétition des services internet avec des services innovants et à succès comme Spotify pour la musique, Vente privée pour l’habillement ou Skype pour la téléphonie.

Et c’est surtout vers l’Est que le centre de gravité de cette nouvelle net-économie se déplace, vers les pays émergents et la Chine – avec une population connectée qui devrait passer de 457 millions en 2010 à plus de 700 millions en 2015, que le Boston Consulting Group envisage désormais comme marché le plus dynamique et prometteur.
Ce sont de nouveaux noms qui monopolisent désormais l’attention d’investisseurs enthousiastes à l’idée de se positionner à temps sur des marchés qu’ils voient très juteux. Baidu, Tencent, Ali Baba, RenRen, Yoku, Sohu, Sina, et leurs centaines de millions d’utilisateurs potentiels respectifs, sont investis des plus grands espoirs de réussite financière.

Les dangers de cet optimisme débridé restent pourtant réels. Au delà même de la pérennité de ces services qui souffre d’un cadre politique et réglementaire dont le moins que l’on puisse dire est qu’il n’est pas très stable et n’offre aucune garantie de visibilité au delà d’un très court terme, l’originalité des services offerts est trop souvent basique et très limitée ; les sites sont pour la plupart des clones parfaits des Youtube ou Ebay occidentaux sans en posséder encore leur génie marketing et leur savoir-faire en matière d’innovation.

Mais nonobstant ces défauts de visibilité et l’évidence de l’existence d’une bulle, les investissements continuent d’affluer en se basant sur le constat d’une configuration “Plus 1995 que 1999″ : La bulle est certaine mais ne devrait pas éclater dans l’immédiat et il est donc encore possible aux yeux des investisseurs de continuer à souffler dedans pour se retirer le moment venu.
Avis aux prochains acheteurs.